Accueillir dignement les migrants (2)

Première étape : la PADA

Pour pouvoir entrer en France au moment de passer la frontière, la personne doit dire qu’elle demande l’asile. Elle sera alors orientée vers une PADA (plate-forme d’accueil pour demandeurs d’asile) quelque part en France. Depuis début 2016, c’est un passage obligatoire. Les personnes ne peuvent plus aller faire leur demande d’asile directement en préfecture.

La PADA transmet sa demande à la Préfecture de son lieu de résidence. La Préfecture la convoque ensuite à un double entretien, en Préfecture et à l’Office Français d’immigration et d’intégration (l’OFII). C’est le Guichet Unique. La Préfecture vérifie son parcours, prend ses empreintes digitales. Très rapidement, n’importe quelle Préfecture européenne va savoir si la personne a déjà donné ses empreintes dans un autre pays. A Poitiers, la PADA reçoit les personnes de tout le Poitou-Charentes. Ce déplacement est difficile à organiser lorsque l’on n’a pas de revenu.

En attendant que sa demande soit traitée, la personne obtient une Attestation de demande d’asile. Elle est ainsi en situation régulière et ne peut pas être expulsée. Elle peut faire renouveler cette attestation à la Préfecture de son département. Cela ne lui donne pas le droit de travailler, sauf dans des cas très spécifiques et après des démarches compliquées.

Une personne qui demande l’asile n’a pas besoin de papiers d’identité. De très nombreuses personnes qui demandent l’asile n’en n’ont pas.

La PADA de Poitiers reçoit environ 50 personnes par jour. Le délai pour obtenir un rendez-vous au Guichet Unique de la Préfecture est de 2 semaines. 4 salariés y travaillent, dont 2 à temps plein. Le rythme de travail est soutenu.

Qui sont les demandeurs d’asile de la région ?

Des personnes seules

Pour la plupart, des hommes âgés d’une trentaine d’années. Pour des raisons évidentes de danger du voyage, les femmes sont moins nombreuses. D’autre part, la migration est une question d’argent. C’est souvent un membre de la famille qui part d’abord, parce que la famille a les moyens de faire voyager une seule personne. Ensuite, la famille va essayer de les rejoindre. On voit parfois des personnes parties en couple. Quand l’argent vient à manquer, on laisse un membre de la famille ou les enfants dans un autre pays. L’homme continue son chemin. Il y a de nombreux cas de figure.

Des mineurs isolés

La plupart sont de jeunes garçons qui ont entre 14 et 18 ans. Leur nombre augmente depuis 2 ou 3 ans, de façon très importante. L’urgent pour eux, n’est souvent pas la demande d’asile, démarche qu’ils ne connaissent pas forcément. C’est la prise en charge par l’ASE (aide sociale à l’enfance). En principe, ce service ne doit pas faire de distinction entre les mineurs isolés français et étrangers. La mission de l’ASE est de les accompagner, de les scolariser (dans un cursus classique ou en apprentissage), de leur proposer une orientation et un hébergement (en foyer, en famille d’accueil, en appartement, à l’hôtel).

Mais en pratique, il y a un tel afflux dans la Vienne que le Conseil Départemental ne peut pas les accueillir convenablement.

Dans les Deux-Sèvres, fin 2016, le département dénombrait 150 jeunes mineurs isolés.

Pour en savoir plus sur le rôle des communes dans le cadre de l’accueil des réfugiés, cliquez ici.

Des familles

Certaines familles font parfois une demande d’asile dans le but de protéger leur enfant mineur de peine ou traitement dégradant ou encore pour les filles, les protéger de l’excision. Les parents d’un mineur réfugié peuvent demander un Titre de séjour en tant que parents d’enfant réfugié.

Deuxième étape : l’OFII

D’après le droit d’asile, tout demandeur d’asile a le droit à une place en CADA (centre d’accueil des demandeurs d’asile). Il peut s’agir d’un appartement ou de tout autre type de logement. C’est l’OFII(office français d’immigration et d’intégration) qui s’en charge. A défaut de place, les demandeurs d’asile doivent appeler le 115 pour obtenir un hébergement d’urgence. A Poitiers, le centre d’hébergement d’urgence donne une nuit sur 3. De nombreux demandeurs d’asile, y compris femmes et enfants, dorment dehors. Dans les petites villes de Poitou-Charentes, les associations sont très actives en la matière et soutiennent les personnes étrangères.

S’ils ne sont pas hébergés en CADA, les demandeurs d’asile ont le droit à une allocation de demandeur d’asile (11€/jour/personne).

Troisième étape : le récit

Dans les 21 jours après son passage en préfecture, la personne qui arrive en France va devoir expliquer son histoire et expliquer pourquoi elle a quitté son pays, en motivant sa demande. Ce document de 10 pages, à remplir en français, sera ensuite envoyé à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides).

Le Toit du Monde accompagnait l’écriture de ces récits. Amélia et Louis-Marie l’ont fait pendant de nombreuses années. Ce qui était très difficile car des personnes arrivaient de partout dans le monde parlant différentes langues. L’association a donc développé un réseau de traducteurs, d’interprètes. Les bénévoles et les salariés de l’association maîtrisent plusieurs langues.

Après l’envoi du dossier, ils attendent entre 3 et 5 mois, d’être convoqués à l’OFPRA, à Paris. Le déplacement n’est plus pris en charge depuis 2 ans. Les personnes qui ont accès à internet et qui lisent le français pourront acheter un billet de bus ou se rendre dans une agence de voyage pour le faire.

A l’OFPRA, ils rencontrent un employer de l’office qui connait le pays d’ou vient la personne. L’entretien dure une heure environ. L’officier vérifie que le récit du demandeur d’asile est vraisemblable. Grâce au rapport qu’il rédige, le directeur de l’OFRA prend la décision d’accorder ou non, le statut de réfugié.

La réponse de l’OFPRA peut prendre plus d’un an. Et 70 % des demandes sont rejetées. Suite à un rejet, il est possible de faire un recours à la CNDA (cour nationale du droit d’asile). Le Toit du Monde peut accompagner la demande de recours. Cela peut prendre plusieurs mois.
Le demandeur peut être assisté d’un avocat gratuitement grâce à l’aide juridictionnelle.

Ainsi, nous avons vu que le parcours de demande d’asile pour une personne qui a voyagé de nombreux mois dans des conditions extrêmement difficiles, est jalonné d’étapes parfois difficiles à franchir. Les dossiers et les entretiens en français, les déplacements coûteux, les logements précaires ou les délais d’attente sont autant de limites à un nouveau départ. Il faut également prendre en compte les souffrances psychologiques et parfois le déni. Les personnes ont parfois du mal à raconter ce qu’elles ont vécues parce que c’est trop difficile émotionnellement.

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